Réunions des 24 mars et 9 juin 2012

Certains de nos collègues après avoir fait un tour fort matinal « aux puces de Vanves » et avant de repartir vers quelques brocantes, sont venus à notre rendez-vous montrer leurs dernières trouvailles ou simplement discuter, bavarder de notre passion commune « le papier » et autres choses à collectionner. Pour ces deux François Coppée avant les vacances, Françoise et Jean Busson, Maria Deurbergue, Yvan Belledame, Georges Naudet, Christian Mitel, Claude Barouh, Marcel Guérin, Jacques Voignier, Yves Françoise, Thierry Depaulis, François Richard et Daniel Crépin s'étaient rassemblés autour de votre serviteur.


Le François Coppée - 1 Boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (photo Yvan Belledame)

COMPTE-RENDU DU SAMEDI 24 MARS 2012
Marcel Guérin a sorti de sa collection Poulbot une plaque de zinc sur laquelle figure un très beau dessin avec sac de farine, moulin, enfants, prairies... destinée certainement à déco­rer les sacs des meuniers par le procédé de zincographie, mais elle n'a jamais été utilisée.
Jacques Voignier nous a apporté une série de douze affiches lithographiques en couleurs (cal906) - [75 x 52] cm représentant le magicien américain CHUNG LING SOO (William Robinson, 1861-1918). Cet artiste du music-hall, déguisé en magicien chinois, voyageait à tra­vers les continents avec une troupe d'une quinzaine d'assistants, tous revêtus de riches cos­tumes. Son numéro favori était le fusillé vivant ou l'homme invulnérable. Il devait décéder tra­giquement à Londres en 1918, sur la scène du Wood Green Empire Théâtre, frappé d'une balle en pleine poitrine. Nous avons pu aussi admirer un pistolet de gendarmerie (modèle 1822) qui permettait de faire ce numéro (hors texte couleurs IV).
Yves Françoise nous montre des programmes de voyage en France de nos présidents des années 1914, 1932, 1934 (on mettait plusieurs jours pour aller à Lyon ou dans le Doubs !) nous remarquons que la tenue exigée est mentionnée : uniforme, tenue de ville, redingote etc.


Voyage de Monsieur le Président de la République Albert Lebrun

Christian Mitel présente des albums publicitaires de produits pharmaceutiques, le sirop Deschiens de 1867. Certains sont illustrés des photos de grands noms tels : Pasteur, Trousseau ou Claude Bernard.
Daniel Crépin avait apporté un marqueur en acajou, pour le billard, portant au dos la marque de Vaugeois 56 rue des Arcis Paris.
La réunion s'est terminée à midi et la dizaine d'amis s'est quittée en répétant »c'est vrai­ment sympathique nos rencontres » à bientôt.

COMPTE-RENDU DU SAMEDI 9 JUIN 2012

Yvan Belledame a démarré la réunion en nous présentant La France Nouvelle au travail datant de 1941 - ouvrage de propagande « maréchaliste » - accompagné de son antidote, illus­tration en couverture, avec L'Armée Française au combat, datant de Noël 1944 - ouvrage de propagande gaulliste, Ces deux ouvrages sont conservés par une des cousines d'Yvan.

 
La France Nouvelle qui travaille en 1941 et son antidote en couverture (Coll. privée)

François Richard nous a rejoins dans la matinée, chargé d'un sac d'où il a fait surgir un mystérieux tableau, plutôt joli, qui a intrigué la majorité d'entre nous. Voici ses explications : Le jeu de Poch alsacien fait partie d'une longue lignée de jeux de cartes qui utilisent un tableau spécifique pour les mises et qui ont traversé les siècles depuis le XVe avec le Poch allemand et son homo­logue français le Glic, puis au début du XVIIIe avec le Poque (français) et ses corbillons, précédant à la fin du XVIIIe le Nain Jaune et le Pope Joan (anglais), avant d'atteindre le XIXe avec le Bog (français), puis le XXe avec le Michigan rummy (américain). Le tableau alsacien est souvent rectangu­laire avec 6 ou 7 rangées pour les mises. Celui-ci associe des enseignes françaises (coeur et carreaux) et la répartition allemande des figures (Roi, Valet supérieur, Valet inférieur), la Dame correspond ici au «mariage» (combinaison R+D), le X au 10 et P à Poch.

Jacques Voignier nous a présenté un cours de physique manuscrit de la fin du XVII siècle,provenant vraisem­blablement d'un collège de jésuites. Rédigé en latin (536 pages), il est illustré de 17 planches gravées sur cuivre par Jean-François Cars (1661-1730) qui ont été ajoutées à la fin du manuscrit. Parmi les expériences illustrées, on reconnaît : Les sphères de Magdebourg de Guericke, la fontaine intermittente de Héron, la chambre obscure de Porta, la lanterne magique de Kircher (avec la même erreur dans la représentation de la lan­terne, etc.). A l'intention de ceux dont la mémoire fait quel­quefois défaut, nous aurions pu les inscrire à un cours de mné-motechnie donné à Bordeaux, le 9 décembre 1837, à huit heures précises, par Aimé Paris avec un billet valable pour une entrée au Cirque, rue Judaïque-Saint-Saurin) ou à Lyon, à une séance publique et gratuite de mnémotechnie, le 16 septembre 1834, donnée par M. de Castilho, professeur de mnémotechnie et docteur en Mathématiques de l'Université de Coimbre (Portugal)
Donnons la parole à Yves Françoise, passionnant collectionneur et historien des menus : comment ne pas s'enthousiasmer avec ce déjeuner du 21 juillet 1938 offert à LL. MM. le Roi Georges VI et la Reine Elizabeth au Château de Versailles.
Quand les 250 personnalités invitées entrent dans la galerie des Glaces, ils découvrent la table d'honneur de près de 40 m de long, avec aux extrémités deux grandes tables de 7 m de long, puis derrière elles, 14 petites tables de douze couverts. Sur la nappe de satin blanc, les assiettes blanches et or ont été commandées spécialement à Limoges ; chaque convive a devant lui treize verres en cristal de Baccarat. La décoration florale comprend un massif d'orchidées blanches et vertes, de phalenopsis et de cypripedium.92 maîtres d'hôtel ont revêtu la livrée de la maison de France : bleue et rouge avec jabot, coiffés de la perruque poudrée et chaussés d'escarpins à boucles en argent.Les 40 convives ayant pris place à la tables royale n'ont aucu­ne personne en vis-à-vis permettant ainsi d'avoir la vue sur le parc. Derrière eux, 40 laquais en livrée sont debout au garde à vous.
Pendant le repas, l'acoustique excellente de la galerie des Glaces offre, à un orchestre invisible composé uniquement de violons et violoncelles sous la direction de Monsieur Joseph Calvet, l'occasion de mettre en valeur quelques compositions de l'École française des XVIIe et XVIIIe siècles.
Le chef Bilton a la responsabilité de la préparation du menu ; chaque plat étant servi avec un vin différent (les deux derniers champagnes sont aux millésimes de l'année de naissance des Souverains).



Yves Françoise nous invite à aller découvrir d'autres menus sur menustory.com (l'histoire des menus, les menus de l'histoire).

A côté des cartes à jouer, notre président Thierry Depaulis s'intéresse aussi aux appareils pour compter les points au jeu, que Français et Anglais ont multipliés au XIXe siècle, prenant de nombreux brevets. Si ces appareils, que nous nommons marqueurs aujourd'hui (mais marques autrefois), sont souvent munis de languettes (ou « touches ») qu'on relève au fur et à mesure de la partie, certains sont plus originaux (et rares...). Ainsi ce petit objet, amusant avec ses cadrans à manettes. Au centre de la face, imprimé sur papier vert, on lit :
MARQUE / A JEU,
au-dessous :
NOËL PICOT
 et en bas, à moitié caché par le petit cadre de bois :
BREV[ETÉ S.jG.D.G.
Au dos, cette fois sur papier bleu, un bref mode d'emploi (bien utile...) :
MARQUE / Pour le Bésigue & toutes espèces / de JEUX / MANIERE DE S'EN SERVIR
Tout en bas, à peine lisible, le nom de l'imprimeur :
Lith. Lender, r. Ste Anne 18.
Le bésigue est un jeu qui émerge vers 1840 et devient dès lors très à la mode. On connaît d'autres marqueurs de bésigue, mais à languettes. Celui-ci, avec ses cadrans à curseur est dif­férent. L'auteur du brevet a pu être repéré : il s'agit de Noël-Nicolas Picot, qui, alors qu'il demeurait à Versailles en 1841 et se déclarait « marchand de curiosités », avait déjà déposé un brevet d'invention pour « une table de nuit universelle »... Le brevet qui nous intéresse ici est celui, demandé le 8 août 1850 « par Picot, marchand de curiosités, à Paris, galerie Delorme, n. 30 et 32, près les Tuileries » pour un « système de marque de jeux ». L'invention a été com­plétée de quelque trois certificats d'addition, demandés en 1851 et 1852. La lecture de ces documents à l'INPI nous apprend que c'est le 2e certificat d'addition, pris le 7 août 1851, qui explique le mieux, et date ainsi précisément, ce petit marqueur de bésigue. Un Noël (Nicolas) Picot dépose un autre brevet, en 1857, pour une « chaîne-ruban d'arpenta­ge à poignée perfectionnée », et encore un autre en 1860 pour des « roulettes à ruban d'acier ». Il est alors présenté comme « fabricant de mesures linéaires ».
Revenons à la magie avec Georges Naudet, qui nous a bluffés avec l'une des ses dernières trouvailles... Nounours fait de la magie dans une édition rarissime de 1975 bien complète de ses planches exceptionnellement en couleurs. Les participants, y compris notre président, l'ont compulsé avec intérêt et curiosité, ainsi qu'avec les précautions qu'exige une telle pièce.
Accessoirement, il avait apporté quelques ouvrages du XIXe siècle aux couvertures illus­trées souvent plus intéressantes que les tours décrits à l'intérieur, ces tours étant quasiment infaisables par des débutants ou peu convaincants comme le montre le tour de La main magné­tique décrit ci-dessous. En revanche, les illustrations rivalisent de dessins charmants ou amu­sants aux couleurs parfois vives pour séduire et attirer les apprentis magiciens. Ruse suprême des éditeurs-libraires, il n'est pas rare que des couvertures différentes cachent des contenus identiques.


Les 120 Jeux Amusants.
Citons les 720 Jeux Amusants (Collection Ma Récréation, 10 rue de Mézières Paris) raris­sime ouvrage des années 1930 de 168 pages dont l'illustration de la couverture est signée H. Ferran qui est l'auteur de nombreuses images d'Épinal de 1905 à 1950 environ. Un autre ouvrage de 1894 mérite un clin d'œil, il s'agit de 3 livres réunis en un seul volume (éditeur Emile Guérin 2 rue des Poitevins Paris) signé par E. Ducret et G. Bonnefont : Le nouveau Magicien Prestidigitateur (compilation des Tours de cartes, Tours d'escamotage et Tours de Physique & de Chimie amusantes). La couverture est particulièrement réussie, Jean Busson nous fait remarquer que c'est une chromolithographie (hors texte couleurs V).

La réunion c'est terminée à 12h30, rendez-vous est pris pour le samedi 22 septembre.



Date: 
03/24/2012